• Pour en finir avec l’invisibilisation des femmes en prison

    Portrait d’Anne-Céline : une femme engagée !

    Propos recueillis par

    Colombe Paland

  • Qui es tu ?

     

    Je suis Anne-Céline, je vis à Montréal et je suis conceptrice de projets et réalisatrice. J’aime initier des projets et mettre les choses en lien. Je mène plusieurs projets de front. Je travaille à la fois pour la Société Elizabeth Fry du Québec dont la mission est de venir en aide aux femmes qui, un jour, doivent faire face à la justice pénale et je suis aussi, la fondatrice de Projet Ose, un organisme de création artistique et de développement de projets culturels.

     

    Peux-tu me parler du travail que tu fais avec les femmes en prison ?

    Ça fait plusieurs années que je travaille avec des personnes en situation de marginalité : Illettrisme, problématiques d’intégration et incarcération des femmes. Le milieu carcéral m’a toujours intrigué. Je me suis toujours posée beaucoup de questions sur la criminologie. Ce qui m’interpelle, c’est que l’on ne remette pas en question le fait même d’incarcérer. Doit-on enfermer les personnes et punir ?

     

    En arrivant au Québec, j’ai rencontré le Collectif Art Entr’Elles, un organisme à but non lucratif regroupant des femmes judiciarisées et des artistes professionnels dans un processus de collaboration artistique. Je leur ai dit que j’aimais développer des projets de coopération. J’aime créer des projets qui associent des acteurs diversifiés, n’ayant pas nécessairement les mêmes objectifs. Entre 2013 et 2015, nous avons construit le projet : « Décliner votre identité » pour que les femmes ayant connu des démêlés avec la justice décrivent et revendiquent leur(s) identité(s) à la société par l’entremise de la photographie, de l’écriture et du témoignage audio. Dans les projets d’Art Entr’Elles, les femmes sont toujours actrices du projet et non spectatrices.

     

    L’art communautaire (la méthode de travail que nous utilisons) permet la rencontre. C’est une façon de faire très spécifique, une méthode de cocréation utilisée à des fins de justice sociale, qui a fait ses preuves en Amérique du Nord. Nous ne sommes pas dans un cadre de médiation culturelle classique. Les artistes communautaires (les femmes participantes) signent un contrat de travail. Ce sont elles qui créent leurs œuvres en collaboration avec des artistes professionnels. On part toujours du vécu des femmes. Qui mieux que des femmes qui ont connu la prison pour parler de la prison ! La prison est un milieu particulier. La Société Elizabeth Fry du Québec détient 40 années d’expertise auprès des femmes judiciarisées. Elle accompagne ces femmes notamment à travers ces maisons de transition situées à Montréal et à Québec.

     

    Pour les femmes qui participent à nos ateliers (qui ont lieu dans la journée), ces derniers constituent, un outil de pré-employabilité et une manière de se réinsérer en douceur. Le retour en communauté est un moment fragile. Retrouver un emploi, réorganiser sa vie et faire les changements qui s’imposent pour ne pas retomber dans ses vieux schémas prend du temps. Humainement, je me sens très privilégiée de travailler avec ces femmes.

    Pourquoi est-ce important selon-toi de parler de l’incarcération des femmes ?

    Les femmes sont une minorité dans le milieu carcéral. C’est important de considérer les particularités inhérentes à l’incarcération des femmes. Les femmes ont accès à moins de services que les hommes en détention en raison de leur situation de groupe minoritaire dans le système, ainsi ces services sont souvent mal adaptés à leurs besoins. Les conditions de détention ne correspondent pas à qui elles sont. Le système carcéral a été créé à la base par les hommes, pour les hommes. En tant que citoyen, nous devons tendre l’oreille et écouter ce qu’elles ont à dire. Art Entr’Elles est un catalyseur.

     

    Le regard de la société envers les femmes incarcérées est-il plus dur qu’envers les hommes ?

    J’aurai tendance à répondre par l’affirmative. Nous n’attendons pas les femmes à cet endroit. Nous avons encore dans la société une image de la femme douce et aimante. Ainsi, je pense qu’on pardonne moins à une femme qu’à un homme d’avoir fait de la prison. De ce que j’ai pu voir et entendre des femmes judiciarisées, ces dernières ressentent beaucoup de culpabilité et notamment vis-à-vis de leur famille et de leurs enfants. Elles sont souvent très dures envers elles-mêmes et ont du mal à se pardonner.

     

    Dans le dernier projet (il s’agit du 8ème projet artistique du Collectif Art Entr’Elles) intitulé : « Dénombrement », les femmes ont conçu une installation vidéo dont voici le teaser : https://vimeo.com/315321066?fbclid=IwAR3QB_N7sMdSKqqRFG8PkAW8Z1kduHjp6d_yQOvJN890e-ceOK_ZPWuZywo

     

    Ça été une aventure extraordinaire. Les femmes étaient très touchées. Ce projet m’a transporté par sa sensibilité.

    Comment lutter contre les préjugés liés à l’incarcération des femmes ?

    Pour lutter contre les préjugés, il faut selon-moi créer des espaces pour que l’on puisse se rencontrer. C’est normal d’avoir peur de ce que l’on ne connait pas. Mais, il faut créer des ponts, il ne faut pas rester dans l’ignorance.

     

    La corrélation entre la prison et la pauvreté est indissociable. Nous pouvons en tant que société prévenir cela. La prison est un miroir grossissant de la société. S’il n’y avait pas autant de problèmes liés à la pauvreté systémique (sociale, économique, culturelle, éducationnelle), il y aurait moins de personnes en prison. Valoriser les alternatives à la prison me semble important et nécessaire. Incarcérer coute cher sur tous les plans. Les maisons de transition (qui existent au Québec) sont, un excellent outil de prévention de la récidive.

    Quels sont tes projets futurs ?

    On espère présenter « Dénombrement » dans un maximum de lieux : universités, festivals… Concernant Projet Ose, je vais présenter Intimités francophones d’eux au Yukon. C’est une avant-première dans l’ouest, elle sera suivie, nous l’espérons, par une tournée de diffusion. Il s’agit du deuxième tome d’une série de films documentaires que j’ai réalisé sur les identités linguistiques dans les Amériques francophones. Ce film aborde les enjeux de la construction de notre culture par la langue. Je m’intéresse de plus en plus à l’impact de la perte de la langue sur des communautés.

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  • Sisters And Happiness

     

    C''est l'histoire d'une rencontre, celle de deux jeunes femmes sensibles, aimant rire, discuter des heures de tout et de rien, et papoter autour d'un bon verre de vin.

     

    Daniela Faurel et Colombe Paland se sont rencontrées à l'occasion de l'exposition photo :

    " Vous les femmes...Femmes résilientes, femmes épatantes ".

    Daniela est photographe. Colombe est consultante en communication et chef de projet événementiel.

    Fortes de cette première collaboration riche en émotions, elles ont eu envie de s'associer pour continuer à parler des femmes autrement.

    Leur mission : partir à la rencontre de femmes ordinaires aux parcours singuliers, celles que l’on entend pas, que l’on écoute peu, que l’on ne voit pas dans l’espace public, et de révéler leur beauté.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Colombe Paland

    Chef de projet évènementiel

    D’aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé raconter des histoires et les mettre en scène.

    L'écriture comme l'événementiel sont mes deux territoires d’expression favoris. J'aime créer des ambiances uniques et singulières, choyer et booster mes clients, transmettre des émotions, faire rire. Je me réjouis que Sisters and Happiness soit mon nouveau terrain de jeu 100 % fun et émotions et enfin collaborer au long cours avec ma talentueuse amie, Daniela Faurel

    Daniela Faurel

    Photographe

    "Je me souviens très bien du jour où Colombe et moi , en un seul regard et un grand sourire, avons compris notre sororité. Faîtes pour s'unir, nous allions parler d'une seule et même voix ! Une complicité évidente et un désir commun de mettre en lumière la beauté en chacune de nous. Sisters And Happiness est notre moyen d'expression et de partage, et nous avons une irrésistible envie de vous embarquer avec nous !

     

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